Le terroir

Les sols de Fonroque

Calcaire
Argiles calcaires
Argiles sablo-limoneuses

Quelques propos de présentation

 

« Le domaine de Fonroque étend ses 20 hectares à quelques centaines de mètres au nord-ouest du bourg de Saint-Émilion. Les 17,6 hectares d’un seul tenant qui composent le vignoble se répartissent sur un plateau et un coteau exposés à l’ouest. Sa palette, immense et quotidienne, est celle du couchant.

 

Toute la commune de Saint Émilion a été érodée par l’action de la Dordogne. Cette historicité laisse son empreinte et Fonroque est gâtée. La propriété présente une belle mosaïque de trois principaux types de sol. Le plateau calcaire tout d’abord, fait de sols assez légers posés sur un rocher calcaire à astéries très riche en fossiles marins. Puis un coteau argilo-calcaire et un pied de côte d’argiles sablo-limoneuses. C’est sur le plateau calcaire que se trouvent tous les premiers grands crus classés historiques, sauf Cheval Blanc et Figeac situés à la frontière avec Pomerol. Le cœur historique et qualitatif de Saint-Émilion est donc ce plateau qui entoure le village.

 

À Fonroque, sur la partie haute, nous sommes à l’extrémité ouest du plateau. Ici les sols sont peu profonds (entre trente et soixante centimètres) et plutôt légers et drainants, c’est à dire à plus forte teneur en sable qu’en argile. Le caillou est donc tout proche. Les racines traversent ce sol meuble pour aller courir sur le rocher et y pénétrer au gré de la rencontre avec une faille afin de trouver leur alimentation hydrique par remontée capillaire. Cela donne des vins plutôt étroits, tout en longueur et droiture, traversés d’une tension semblable à celle d’un arc prêt à libérer sa flèche.

 

Ces terroirs produisent de l’élégance

En primeur, leur rigueur classique n’est pas flatteuse. Elle ne produit pas de séduction immédiate mais une beauté raffinée, dentelée, qui donne toute son expression au vieillissement. Sur le coteau argilo-calcaire le rocher est plus loin, et l’argile vient se déposer et se mélanger au calcaire. Dès qu’il y a un élément d’argile dans un sol, le vin s’en trouve élargi. L’attaque en bouche donne immédiatement le ton d’une présence forte et large et en finale de dégustation se révèle la présence du calcaire avec son apport énergétique et de fraîcheur. En haut du coteau sous le règne du calcaire les vins sont donc très frais quand le bas du coteau donne au vin sa dimension de fondation. Les argiles sablo-limoneuses du pied de côte avec l’oxyde de fer qu’elles contiennent, et le calcaire amené par la pluie, produisent des vins sphériques aussi généreux qu’une balle. Sur les parcelles du bas nous sommes sur des dimensions très fruitées et plus on monte plus cela devient floral. Le vin se verticalise agréablement jusqu’au plateau calcaire où l’on trouve l’humus, la truffe, et les arômes champignonnés.

 

Si l’on était en Bourgogne on séparerait tout cela car les vins qui en résultent, reproductibles d’une année sur l’autre, sont très différents dans leur expression aromatique et leur forme. Mais la tradition à Bordeaux est celle de l’assemblage dans l’esprit d’une complémentarité qui produit quelque chose de supérieur à ce qu’offrent les éléments séparés. Nous recherchons un raffinement associé à la complexité et l’expression, unique et créative, d’un viticulteur. Le geste de composition, comme en musique ou en peinture, est capital. Détourer chaque élément à Fonroque serait un merveilleux travail d’extraction de la matière pour l’harmonie du tableau final. Il faudrait pour cela de petites cuves pouvant accueillir la juste quantité de chaque sous-type de sol ce que nous n’avons pas encore à Fonroque mais l’avenir est ô combien dynamique. Cela nous permettra de saisir l’apport le plus rayonnant de chaque élément et d’intégrer cette subtilité à nos assemblages. »

 

Alain Moueix

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